France Gauthier | Qui sommes-nous pour juger ?
16656
post-template-default,single,single-post,postid-16656,single-format-standard,qode-quick-links-1.0,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-11.0,qode-theme-bridge,wpb-js-composer js-comp-ver-5.4.2,vc_responsive

Qui sommes-nous pour juger ?

Qui sommes-nous pour juger ?

Je fais, de ma chronique mensuelle, un statement!

Ce n’est pas la religion qui divise nos communautés, mais l’iniquité (injustice, inégalité…) et l’ignorance.

La religion n’est qu’un pansement sur une plaie bien plus profonde qui engendre l’intolérance. Le fossé entre riches et pauvres, entre privilégiés et laissés pour compte (indépendamment du niveau de vie), s’est tellement creusé dans les dernières années qu’il ressemble maintenant à un canyon infranchissable! Qu’on soit ou non sur un chemin de conscience, on ne peut plus regarder l’ignorance gagner du terrain sur la connaissance et l’acceptation de la différence sans se lever debout pour provoquer les changements nécessaires. On ne peut plus laisser nos frères et sœurs du monde entier mourir de faim sans s’indigner. On ne peut plus laisser les jeunes se voir renier un réel accès à l’éducation, donc à la liberté, sans agir.

Il est important ici de faire une distinction entre instruction et éducation. L’instruction remplit notre mental de matières scolaires en développant l’apprentissage cognitif, l’éducation forme des êtres conscients à contribuer à la grande fraternité humaine, en permettant à chacun de mettre ses talents à contribution, dans la joie, le respect de l’autre et l’amour de la Vie. On peut être très instruit et peu ou pas du tout éduqué!

Mais mon statement porte surtout sur le jugement. Qui sommes-nous pour juger, quand il se produit des événements qui dépassent notre compréhension? Comment peut-on condamner celui qui, dans un moment de déni de sa véritable nature, a perdu les pédales et perpétré des attaques qui dépassent notre entendement? On condamne parce qu’on refuse de voir dans ces gestes insensés notre responsabilité collective, donc notre part de responsabilité individuelle.

J’aimerais vous rappeler les fondements du Ho’oponopono. Cette sagesse hawaïenne ancestrale nous amène à comprendre que nous sommes tous responsables de la création collective. Nous créons ensemble le plus beau de l’humanité, mais aussi ce que l’on condamne. Un tueur fait irruption dans une mosquée, tire à bout portant sur des fidèles en pleine prière… nous sommes tous un peu responsables de cet attentat. Parce qu’on a laissé des enfants s’intimider à l’école sans intervenir, parce qu’on a laissé des gens polluer les ondes et les réseaux sociaux avec des propos racistes sans s’indigner, parce qu’on a soi-même été le bourreau et la victime à différents moments de notre vie sans le reconnaître, parce qu’on a jugé l’autre à répétition sans voir notre propre intransigeance ou fermeture… et la liste est encore longue.

Loin de moi l’idée de faire la morale à qui que ce soit, mais dans le monde dans lequel on vit présentement, il va nous falloir beaucoup plus que des condamnations, de la répression, des défoulements collectifs sur les réseaux sociaux et des peines de prison pour retrouver la paix en soi et dans le monde. Il va falloir un autre niveau de compréhension de la vie, qui nous rend tous responsables de l’état de notre planète et de ses habitants. Une compréhension au deuxième niveau qui nous pousse à s’engager et à créer ensemble un monde plus accueillant ici, maintenant, et pour les prochaines générations, incluant tous les enfants de la terre. Tous.

Comment? On pourrait peut-être commencer par une réelle introspection, un voyage intérieur qui permet une reconnaissance totale de qui on EST. NOUS SOMMES tous connectés. Nous faisons tous UN. Or si nous sommes tous reliés, quand un de nos frères (ou sœurs) erre, nous avons aussi tous une part de responsabilité dans cette errance. C’est ce qu’enseigne le Ho’oponopono, et beaucoup plus encore.

On peut expliquer un geste insensé par l’ignorance, par la détresse, par la radicalisation. Mais si on veut revenir à l’essentiel, on peut aussi voir que nos sociétés modernes ont perdu le sens. Le sens de la Vie, dans tout ce qu’elle a de plus grand et merveilleux à offrir. Et pour retrouver le sens, il faut revenir à l’être universel en chacun de nous. En rejetant toute forme de religion dans les dernières décennies, on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Le bébé, c’est notre vie spirituelle, cet espace intérieur où on se sent connecté avec tous les êtres humains, tout ce qui vit sur cette planète et dans l’univers tout entier. Cet endroit, au cœur de notre Être, est notre premier lieu de culte. Et on l’a négligé au point d’en arriver à perdre le sens de la vie.

Retourner à la l’Essence, retourner à Soi, en prenant quelques minutes par jour pour méditer ou contempler est un bon début. Parce que seul le silence du recueillement peut nous donner accès au Dieu (ou la Source, l’Univers… appelez-le comme vous voulez) en chacun de nous. Dans cet espace, on ne condamne pas le geste d’un de nos frères qui a perdu le sens, on lui offre notre compassion, la même qu’on a offerte spontanément aux familles des victimes. Parce que l’Amour est le seul remède à la guerre.

Imaginez un instant une société dans laquelle on inviterait un meurtrier à se présenter devant un grand conseil de sages et à qui on dirait : « Mais qu’avons-nous fait collectivement pour que tu en arrives là? Et que pouvons-nous faire maintenant pour que tu retrouves l’amour de toi et des autres?»

Je suis désolé, je te demande pardon, je t’aime, merci!

Pour ceux qui ne l’aurait pas lu, je vous copie le magnifique texte de Mohamed Lofti, dans le Voir, au lendemain de la tuerie à Québec, le 30 janvier 2017, simplement parce qu’il nous rappelle avec éloquence qui nous sommes vraiment, des êtres inclusifs et aimants.

#jesuismonsieurgagnon

« C’est à Sainte-Foy que j’ai été accueilli, à mon arrivée au Québec il y a 35 ans. En ouvrant la porte de ma chambre, le patron du Motel Gagnon, n’a pas voulu me répondre combien cela allait me coûter, il a simplement dit « Rentre, tu es chez-toi ».

Cette phrase me revient chaque fois que le Québec est secoué par un discours haineux contre l’étranger. « Allez dire à Monsieur Gagnon que je ne suis pas chez-moi… ». J’ai souvent envie de réagir! Mais je ne réagis pas.

Je ne réagis jamais, parce qu’après la première heure de mon arrivée au Québec, je me suis senti chez-nous. Je me suis accroché à cette phrase chaleureuse pour me protéger de tous les froids et tous les rejets.

Leur haine de l’étranger ne me concerne pas. Seule la haine doit être considérée et traitée comme étrangère. J’en appelle à une déportation de la haine.

Avant d’être poignardé lâchement dans ce qu’il a de meilleur, son ouverture et son accueil, le Québec a subi une vague de replis et de crispations identitaires depuis des années. Les vents des extrêmes soufflent sur nous. Certains politiques ont instrumentalisé la peur à des fins bassement électoralistes dans une complicité parfois spectaculaire avec certains grands médias.

Un examen de conscience s’impose à eux pour revoir leurs choix de mots.  Aux mots qui tuent, mine de rien, je préfère les mots qui donnent envie de vivre.

« Rentre, tu es chez toi », il y a 35 ans, à Sainte-Foy, Monsieur Gagnon, patron du Motel Gagnon me l’a dit.  Depuis des siècles, cette phrase a fait le Québec de tous les québécois. »