LE DÉNI DE SOI
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LE DÉNI DE SOI

LE DÉNI DE SOI

L’été dernier, mue par un élan profond de reconnexion avec moi-même, je me suis inscrite au voyage initiatique au Mont Shasta en Californie, guidé par Pierre Lessard, co-auteur du Maître en soi et de Tout se joue à chaque instant. C’était ma première expérience en tant que participante (je guide des voyages d’éveil depuis 2014), un cadeau que j’avais décidé de m’offrir peu importe les arguments que mon mental conditionné soulevait avec insistance pour semer le doute, dont le fait que je n’avais pas les moyens de me payer de telles vacances avec deux enfants aux études supérieures.

Je suis donc partie au début août, après une préparation rigoureuse de trois semaines de méditation deux fois par jour, assise au sol sur un coussin en position « de l’indien », un jeûne complet d’alcool, de sucre et de caféine. Non seulement ce n’était pas un effort de privation pour moi, mais je ressentais une joie d’enfant à l’idée de me placer volontairement dans cet espace affranchi de tous stimulants artificiels. Je dois par contre admettre que j’avais des attentes face à ce périple intérieur favorisé par un décor enchanteur. Je partais d’abord pour vivre des grands états d’expansion dans ce haut lieu d’énergie, qui attire nombre de visiteurs spirituels et autres chercheurs de vérité depuis des millénaires. Et je souhaitais aussi laisser à Shasta tout ce qui dans ma vie ne vibrait plus à la fréquence que je souhaite atteindre, celle du maître en moi.

Eh bien, je vais péter votre balloune toute suite, je n’ai pas vécu ce que je m’attendais à vivre ! Pas complètement du moins. Oui, j’ai ressenti des grands états d’expansion de conscience pendant les méditations en forêt, au pied de cette montagne mythique. Oui, j’ai vécu des expériences sensorielles hors du commun en me projetant dans des fréquences d’autres dimensions. Mais, comme je le raconte à mon entourage depuis mon retour, « ça va intéresser personne au party de Noël ! »

Ce que je peux vous dire par contre qui pourrait vous être plus utile, c’est que dans ces conditions propices à une réelle connexion avec mon Être (qu’on peut retrouver partout, soit dit en passant, même chez soi si on se l’accorde), j’ai eu accès à une vision d’ensemble très claire de mon parcours des trois dernières années. Et je n’ai pas aimé ce que j’ai vu. En même temps, je remercie la Vie d’avoir eu accès à cet angle mort des plus pernicieux, parce qu’il me plaçait face à un choix. Me rechoisir entièrement ou me laisser dépérir à petit feu, peut-être même à feu ardant. Bon je vous ai assez fait languir, je m’explique.

Dans un moment de grande lucidité, j’ai vu dans tous les détails à quel point je me suis reniée depuis la mort, en 2016, de mon amie et jumelle d’âme Anne-Marie. Trois années entières dans le déni de mon Être, en commençant par une forme de colère sourde suivie d’un sentiment d’impuissance et d’immobilisme, sans que je m’en rende réellement compte. Les étapes du deuil, quoi. Trente-six mois à dériver, sans capitaine à bord, et à surfer sur les anciennes créations pour ne pas sombrer. De l’extérieur, rien n’y paraissait. France Gauthier, le personnage public, était toujours présente sur les médias sociaux, donnait ses ateliers et conférences comment d’habitude, publiait même des livres pour ne pas être oubliée. Mais il n’y avait plus personne aux commandes. La seule création nouvelle qui donnait un sens à tout le reste était mon émission de radio diffusée depuis l’automne 2018 qui, ironiquement, s’intitule Maître à bord !

Je sais, vous avez tous été mystifiés. Moi-même, j’ai réussi à me berner. J’étais là, en parfaite automate, sans direction précise, à me laisser aller au gré du courant pour sauver ce qu’il restait de ma barque. Moi qui croyais que je ne serais pas trop affectée par le départ de ma grande complice. On s’y était si bien préparées, que je me disais. Moi, la « grande France », qui se croyais plus maligne que les autres, parce que j’avais écrit plusieurs livres sur la mort. Moi, madame Éveil, qui somnolait tout ce temps, je l’avais tout faux. Je me la suis jouée et, par le fait même, reniée en étant à côté de moi, sans trop savoir comment revenir dans mon axe.

Quand j’ai pris conscience de cet état de fait, je n’ai pu que revoir en boucle comment je m’étais attirée des scénarios de plus en plus déroutants, qui n’avaient pour seul but que de me brasser pour que je me réveille à nouveau et que je me rechoisisse. Parce que la conscience est comme un muscle. Si on arrête l’entraînement à plus de présence et de vigilance, elle s’atrophie. J’ai revu une à une les scènes de déni, tel un film d’action angoissant dont j’étais malencontreusement l’actrice principale et la réalisatrice. Sur le coup, j’ai beaucoup pleuré. J’éprouvais une grande tristesse de m’être trahie et abandonnée de la sorte. Puis, j’ai ressenti un élan de compassion réelle pour la fille en moi qui ne savait juste pas comment faire autrement. Mais je comprenais en même temps que je ne pouvais plus me cacher de Moi sans en subir des conséquences, peut-être même irréversibles à plus ou moins court terme. Et je ne pouvais revenir en arrière pour effacer les bévues non plus. Il ne me restait qu’à accepter la chenille et en faire un papillon, c’est-à-dire de ne pas essayer de me débarrasser de l’insecte rampant au passage pour mieux prendre mon envol. Le plus drôle, c’est qu’il y avait un papillon qui me suivait à tous les jours à Shasta, comme pour me rappeler la règle de base de la transmutation!

Après avoir remercié les acteurs qui m’ont donné la réplique avec brio pendant cette période, j’ai choisi d’écrire moi-même la suite. D’être la scénariste consciente de mon « come back ». Rien de spectaculaire, on s’entend, mais un retour assumé dans le siège du conducteur qui me mènera tout doucement vers qui Je Suis avec encore plus d’amour de moi.

Si cette chronique vous parle, c’est que vous vivez aussi des moments de déni. Merci de ne pas vous taper sur la tête et de reprendre le gouvernail… après avoir bien appris la leçon d’humilité !