France Gauthier | LA PEUR
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LA PEUR

LA PEUR

 

La peur représente le principal frein à notre ascension.

Vous savez, celle qui nous prend au ventre quand on pense ne pas pouvoir y arriver, parce qu’on a peur de ne pas être à la hauteur, de déplaire, de faire de la peine, de déranger, de ne pas être reconnu, de ne pas être aimé, d’aimer, de ne plus exister…? La peur qui, quand on s’approche du but, nous paralyse et devient notre principal moteur d’auto-sabotage ? La peur du manque ou celle de perdre ce qu’on a acquis quand on a enfin atteint un de nos nombreux objectifs de vie? La peur d’avoir peur qui se rajoute à toutes les autres, quand on ressasse certains souvenirs plus douloureux, créés eux aussi par nos peurs ? Et la liste est sans fin…

Qui n’a pas peur ? Personnellement, je ne connais personne qui soit complètement affranchi de toutes ses peurs. Les transcender une à une fait donc partie intégrante des défis sur tout chemin d’éveil. À quoi sert la peur au juste ? Pour retrouver la liberté qui se cache derrière, il faut d’abord comprendre qu’elle a joué un rôle déterminant dans la survie de l’espèce. En fait, la peur a pour but de nous protéger d’un danger imminent, en nous donnant la force, parfois même surhumaine, d’affronter ou de fuir une situation menaçante. Par contre, si elle permettait, à une certaine époque, de protéger l’homme de l’attaque d’un animal sauvage ou d’une tribu ennemie, aujourd’hui, cette même peur s’est retournée contre nous dans la très grande majorité des cas.

Les exigences de performance et de résultats à tout prix de nos sociétés modernes créent des conditions insoutenables qui demandent à notre corps de secréter de façon régulière de l’adrénaline, appelée aussi l’hormone guerrière, et du cortisol, l’hormone du stress, comme si on faisait face à un lion dans la jungle ! La sécrétion de ces hormones sur une longue période a des effets dévastateurs sur notre santé, tant physique que psychique.

Dans son livre « Mourir pour Vivre », Anita Moorjani raconte que les petites peurs du quotidien étaient à l’origine du cancer généralisé qui a bien failli l’emporter dans les années 2000. À quelques heures de mourir, alors qu’il n’y avait plus aucune possibilité de rémission selon ses médecins, elle a fait une EMI, (Expérience de Mort Imminente) qui lui a permis de prendre conscience de ses peurs, avant de choisir de revenir dans son corps pour les affronter et les guérir. Elle parcourt le monde depuis ce temps, notamment dans le but d’aider les autres à se libérer de leurs propres peurs.

Or, si la peur et les conditionnements qui en découlent causent la plupart de nos malaises, comment fait-on pour s’en libérer ? En allant à leur rencontre, une après l’autre, sans peur ! Trop simple pour être vrai ? Pourtant, que fait-on avec un enfant qui a peur des chiens ? On commence par le mettre en contact avec des petites chiens inoffensifs, pour qu’il développe graduellement sa confiance, tant en l’animal qu’en lui-même. Puis, on le laisse approcher de plus gros chiens, en lui transmettant des trucs de sécurité de base, pour qu’il nourrisse cette confiance, sans se mettre en danger. C’est la même chose avec toutes les peurs. On les affronte en douceur, avec courage et conviction, pour finir par les dissoudre ou, à tout le moins, les maîtriser.

Aussi incroyable que cela puisse sembler, j’ai longtemps eu la trouille de parler en public. Quand j’ai accepté, en 2010, de donner ma première conférence devant un large public, événement auquel assistaient plusieurs membres de ma famille et amis, j’ai passé la semaine précédente à combattre le sentiment de me diriger tout droit vers l’échafaud. Une peur totalement irrationnelle pour une fille qui avait fait de la télé en direct pendant plus de vingt ans. Puis, j’ai compris qu’il s’agissait d’une mémoire, inscrite au plus profond de mes cellules, qui me donnait cette impression de me jeter littéralement dans la gueule du loup. Une peur me venant notamment d’un jugement de ma famille quand j’étais plus jeune. J’ai respiré dedans, j’ai affronté cette peur en me présentant au rendez-vous, et à la fin de la conférence, j’ai remercié les participants d’avoir grandement contribué à ma guérison.

Au final, la peur de passer à côté de mon mandat de vie m’aura poussée à transcender ma peur de parler en public ! Comme quoi on peut même utiliser une peur pour en transmuter une autre. En somme, la peur fait partie intégrante du processus d’éveil, et nous demande seulement qu’on la regarde dans les yeux, avant de s’incliner et de nous céder le passage vers plus de maîtrise.