France Gauthier | Laisser tomber les masques
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Laisser tomber les masques

Laisser tomber les masques

Puisque le thème de 2015 est l’allègement, je profite de ce début d’année pour élaborer sur sa signification, et surtout, sur le « comment » on y parvient. Tout le monde rêve de s’alléger, de se libérer des lourdeurs de la vie, de déposer son bagage. Tous les êtres humains sont invités dans leur parcours terrestre à rendre les armes et à retrouver la paix intérieure. Oui mais, comment le fait-on? C’est toujours la question qui me vient en tête quand j’intègre un nouveau concept. Comment se libérer de nos masques, de notre personnage, de nos conditionnements, de nos croyances, de notre mental, bref de notre ego?

Il n’existe pas de recette magique. Dans mon cas, la libération est arrivée par la conscience et la présence. D’abord la conscience de mes réflexes de jugement et de critique. En 2010, quand j’ai fait le choix conscient d’entrer dans un chemin de maîtrise, hors de tout jugement, critique, comparaison et compétition, j’ai pris un modèle dans mon entourage (le maître Thomas, le mari de mon amie Anne-Marie, pour ne pas le nommer!) et j’ai tenté de reproduire ses comportements. Moi qui était la reine de la réplique assassine et qui dégainait plus vite que son ombre pour « bitcher » sur tout ce qui bouge, j’ai d’abord pris conscience de mes réflexes de juge impitoyable, tant envers moi-même que les autres. Puis, j’ai décidé de me prendre en flagrant délit chaque fois que je m’entendrais critiquer, même dans ma tête! Ça n’a pas été de tout repos, surtout au début, mais ce processus m’a permis de constater à quel point j’étais conditionnée. De par mon métier de journaliste, j’avais développé le réflexe d’avoir une opinion sur tout et de l’exprimer haut et fort dès que j’avais une tribune. Changer ce comportement relevait de l’exploit à 47 ans, mais j’y suis arrivée! Comment? Par la présence et l’auto-dérision! Dès que je me rendais compte que j’étais en train de juger tel ou tel événement et telle ou telle autre personne impliquée, je me tapais sur les doigts et je me mettais à rire en disant à voix haute : « Tu te rapproches de ta maîtrise, ma France! »

Au bout de quelques mois de ce régime sec de « chialage », j’ai réalisé que je n’avais plus envie de juger. Et je me suis tout à coup sentie beaucoup plus légère. Quelle libération de ne plus porter mon attention sur tout ce qui va mal dans le monde. Quelle joie de mettre mon focus sur la beauté du monde et de reconnaître la perfection de la Vie. Il me restait bien quelques vieux réflexes de jugement, il m’en reste toujours d’ailleurs, mais rien qui ne se maîtrise rapidement par un brin de vigilance… et beaucoup d’amour! De moi, avant toute chose, et de tout ce qui Est, en toute chose et en tout être. En portant mon attention sur le beau, le bon et le juste, j’ai commencé à le créer autour de moi. Les amis des mauvais jours ont cédé leur place à de nouvelles relations qui ont contribué graduellement à installer en permanence cet état de joie retrouvée.

Puis la présence s’est fait plus demandante. Plus j’avançais sur cette voie, plus il me fallait demeurer présente (et c’est encore un défi de chaque instant!) Je ne pouvais plus me réfugier, voire me perdre dans mon mental hyperactif. En méditant quotidiennement, en me laissant inspirée et en suivant mes élans, j’ai entre autres été poussée à renouer avec la nature et les animaux. Je me suis même acheté un cheval, Solo, pour augmenter mon niveau de présence. Le contact régulier avec les éléments de la nature, quels qu’ils soient, cultive le moment présent.

Aujourd’hui, il n’y a plus rien ni personne sur cette planète qui ne soit lumineux à mes yeux. Il n’y a plus de bien ou de mal, seulement la circulation de la Vie, partout et en tout. Bien sûr, je ne suis pas devenue aveugle pour autant. Je vois bien la part d’inconscience qui maintient les êtres humains dans le cycle de la souffrance, prisonniers de leurs croyances et de leurs conditionnements. Mais j’y vois aussi le chemin qu’on a choisi collectivement pour rencontrer nos ombres et ainsi, choisir à nouveau la lumière. Dans une vie ou dans une autre. Et qui sommes-nous pour juger du rythme des autres?

En me guérissant du jugement, j’ai laissé tomber un premier masque: l’identification à mon rôle de journaliste. Les autres ont suivi. Celui de la conjointe, de l’auteure, de la « sauveuse », de l’amie, de la sœur, de la fille, même de la « gouroure »! Je m’exerce présentement à laisser tomber le masque de la mère. En me détachant de mon rôle de maman protectrice, en offrant à mes ados la liberté d’être qui ils sont sans aucune peur ni attanchement, je contribue à leur autonomie et à leur bonheur. J’écrierai un livre sur le sujet quand le processus sera complété.

Tous ces masques reliés à autant de rôles que je jouais sont devenus inutiles dans ma pièce de théâtre. Pas que je ne joue plus, au contraire, mais les costumes de ce nouvel acte sont beaucoup plus légers. Le décor est plus dépouillé et l’amour y circule beaucoup plus librement.