France Gauthier | L’état amoureux
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L’état amoureux

L’état amoureux

Après avoir écrit un livre de 350 pages intitulé C’est quoi l’amour?, vous vous demandez peut-être ce que j’ai encore à dire sur le sujet?

Je pourrais en fait écrire un tout nouveau bouquin (ce que je ferai un jour!) tant j’intègre toujours à rebours ce que j’écris! Mais revenons à la base. L’amour est avant tout une énergie qui circule en chacun de nous, l’essence de notre véhicule corporel qui permet de se mettre en mouvement. Nous faisons tout par amour. On se lève le matin par amour de la vie, on va faire à déjeuner à nos enfants par amour, on choisit un métier par amour, on écoute de la musique par amour, on regarde un film par amour, on mange tel ou tel autre mets par amour, on entre relation par amour… et quand l’amour commence à faire défaut, on se rend malade par manque d’amour.

Vu sous cet angle, on comprend vite que l’amour est le carburant nécessaire au moteur de toutes nos créations et que lorsqu’il se faire plus rare, on crée inconsciemment des situations dans notre quotidien qu’on ne souhaite pas vraiment vivre. L’amour n’est donc pas un sentiment, mais bien une énergie qui nous anime et nous propulse. Si la direction qu’on emprunte (commandée par notre conscience) est alignée, l’amour est abondant. Si la direction est motivée par les peurs, les conditionnements ou les croyances, l’amour décline et notre corps demande alors notre attention. Puisque l’énergie de l’amour est intangible, on peut dire qu’elle se mesure aux sensations qui émergent quand on elle circule en nous. On va donc se concentrer sur ces sensations pour mieux la cerner.

Les ingrédients de base de l’amour sont la joie réelle et la paix profonde. La joie peut se présenter sous plusieurs formes dont l’effervescence, l’excitation, l’extase. La paix quand à elle se décline en sensation de plénitude, de complétude, de grâce. On aurait tendance à voir ces deux ingrédients en opposition, à penser que l’excitation ne peut se manifester dans un état de paix profonde, parce qu’on confond paix et zénitude. Or, on reconnaît le maître à ses états de joie et de paix quasi permanents. Les maîtres sont à la fois rieurs comme des enfants et en paix avec tous leurs thèmes de vie. La paix ne relève pas d’un état intérieur sans émotion, mais bien d’une sensation de ne plus être en lutte avec soi-même ou les autres.

L’émotion est humaine et fait partie de notre expérience, qu’on soit maître ou pas. La seule nuance, c’est que le maître sait comment maîtriser son émotion en la vivant pleinement, sans se juger. Je m’explique. Quand une émotion de colère, de tristesse, de déception ou autre surgit, le maître s’arrête un instant pour identifier ce qui se passe en lui et se permet de la vivre pleinement, conscient qu’elle demande à être entendue, accueillie sans quoi elle va se « cristaliser » dans son corps et revenir le hanter plus tard. Je connais des maîtres qui ont beaucoup de caractère et qui s’emportent facilement. Cela vous étonne? Je le répète, l’émotion est humaine. Elle représente le langage de l’âme et nous guide vers la sagesse. Si on ne l’entend pas, elle se loge insidieusement dans notre plexus solaire en attente d’être ravivée toujours de plus en plus intensément jusqu’à ce qu’on s’occupe d’elle, comme on le ferait avec un enfant gâté. Si on s’arrête un instant pour respirer dans notre colère, notre tristesse ou notre déception, cette énergie nous pousse à faire les changements requis dans notre vie pour retrouver la joie. Voilà à quoi sert l’émotion. Nous ramener constamment à notre alignement de joie et de paix, dans le courant de l’amour.

Comment cultiver cette joie et cette paix? Aussi contradictoire que cela puisse sembler, et c’est ce que j’ai intégré dans les dernières années, le fait d’accorder de l’attention à notre émotion et notre souffrance nous procure de la joie! Pourtant, les êtres humains ont le réflexe inverse, soit de la fuir, de l’engourdir ou de la nier. Et elle revient plus forte à la toute première occasion qu’elle trouve quand on est déclenché par un événement confrontant!

Il ne sert à rien de faire semblant d’être joyeux quand une émotion de tristesse remonte à la surface. Ni de faire semblant d’être en paix quand la colère gronde en nous. Par contre, offrir notre regard attentif à cette tristesse ou cette colère va immanquablement nous ramener graduellement à la joie, si on ne tente pas de la justifier en jetant le blâme sur autrui. J’ai eu mille occasions de rencontrer mes émotions dans ma vie. Comme tout le monde, j’ai d’abord eu le réflexe de vouloir m’en débarrasser, soit en les projetant sur les autres, soit en les engourdissant de toutes les façons possibles. Dans nos sociétés modernes, les compensations les plus répandues pour ne pas rencontrer nos blessures et les émotions qu’elles provoquent sont l’excès de travail, de nourriture, d’alcool, de drogue, de sexe ou de sensations fortes par le jeu et les sports extrêmes. Un jour, la souffrance était devenue si grande que je ne pouvais plus la fuir. J’ai alors fait le pari d’aller rencontrer cette souffrance, de vivre pleinement l’émotion et les sensations de trahison, d’abandon, de rejet, d’injustice, de culpabilité ou d’humiliation qui y étaient reliées. J’ai par la suite volontairement fait le choix de me nourrir exclusivement de joie, tant dans les films que je regarde ou les livres que je lis que dans mes relations de travail, amicales et amoureuses. Dans cet exercice, j’ai retrouvé tranquillement des états de paix et de joie, notamment  parce que je ne cherchais plus à fuir. Et j’ai appris à reconnaître de plus en plus les sensations qui m’habitaient quand je me suis dans le courant de l’amour.

Aujourd’hui, ce courant coule en moi et me guide pas à pas vers toutes mes réalisations. Il n’y a plus de bien ou de mal. Plus de jugement, de critique, de comparaison ou de performance. J’ai le sentiment d’être amoureuse à temps plein et aucun agent extérieur n’est responsable de cet état. Mon état amoureux s’est installé subtilement à force de me permettre de rencontrer mes émotions, de les vivre et de me rappeler que je ne suis pas la douleur. Je ne suis pas ma souffrance. Elle vient seulement me montrer le chemin vers Moi.

L’état amoureux est inscrit en chacun de nous. On n’a qu’à fermer les yeux et repenser un instant à la dernière fois qu’on est tombé en amour, avec une personne, un lieu, un animal. Si on efface de notre écran mental le visage de cette personne, de ce lieu ou de cet animal, et qu’on conserve seulement la sensation, elle vit en nous. Et le chemin pour y retourner le plus souvent possible passe par l’acceptation de notre humanité et des émotions qu’elle nous fait vivre. La prochaine fois qu’un émotion forte viendra perturber votre quiétude, autorisez-vous un moment pour aller à sa rencontre, la reconnaître, l’aimer et la laisser se dissoudre sans tenter de vous en débarrasser. Vous serez peut-être surpris de constater que cette émotion peut vous démontrer comment vous vous êtes renié dans l’expérience vécue et comment revenir à vos idéaux… pour mieux retrouver le chemin de l’amour et du réel bonheur!